Pasteur-Infamie

UNE  THEORIE  ATTAQUEE   PAR   DES  SAVANTS  AU  XXème SIECLE

 

LES  CONTRADICTEURS  DU  XXème  SIECLE

Xavier RASPAIL
J. TISSOT
Wilhelm REICH



Xavier Raspail et l’hygiénisme

  Xavier Raspail est un médecin, et le fils du grand chimiste et homme politique français François Vincent Raspail (1793 - 1878), bien connu chez les Parisiens pour avoir donné son nom à un grand boulevard de la capitale, mais dont le nom est plus justement attaché au développement de l’hygiène individuelle. La méthode Raspail, qui faisait bonne part à l’utilisation du camphre comme panacée, a eu ses heures de popularité sous le second empire.

  En 1916, Xavier Raspail fait paraître un ouvrage, Raspail et Pasteur. Trente ans de critiques médicales et scientifiques.  Il s’y montre partisan de l’hygiénisme préconisé par son père et regroupe là tous les « avertissements » qu’il a publiés entre 1884 et 1914.

  Dans la préface de son livre, il annonce :

  « Nous avons mis en sous-titre : Raspail et Pasteur, parce que le rapprochement de ces deux noms symbolise deux doctrines contraires : l’une, celle de Raspail, s’efforçant de purifier l’organisme de toutes les tares acquises, soit par hérédité, soit par les hasards de la vie, pour faire des hommes sains et forts ; l’autre, celle de Pasteur, ne tendant qu’à empoisonner de plus en plus le sang, en y introduisant des produits infectieux, sous forme de sérums et de vaccins, ces derniers sur le point de détrôner les premiers, déjà déclarés en faillite par ceux-là même qui, récemment encore, s’en étaient montrés les plus chauds partisans.

  « Raspail avait pour devise : assainir et purifier ; celle des pasteuriens paraît être : affaiblir et putréfier.

  « En résumé, la science médicale actuelle n’est plus qu’une question de mode, d’engouements passagers, de course à la recherche d’honneurs et de profits, où la noble préoccupation de maintenir l’état sanitaire des populations est tout à fait secondaire. Aussi, ce que redoutait un rédacteur du Petit Journal, dans un article paru le 19 septembre 1888, est-il en voie de se réaliser : Si les chanceuses inoculations imaginées par M. Pasteur, disait-il, continuent à se généraliser, elles finiront par transformer l’homme, tatoué de la tête aux pieds de piqûres soi-disant préservatrices, en un égout collecteur de vaccins multicolores. »

*     *     *


  On l’a compris : Xavier Raspail s’attaque plus spécialement aux vaccinations. On peut parier qu’il serait également outré par l’utilisation à tort ou à raison de molécules complexes, tranquillisants, antibiotiques et autres médicaments à effets secondaires non identifiés. Il est, philosophiquement, en accord avec la pensée paternelle, porteur du courant « hygiéniste » qui cherche à promouvoir une santé naturelle par des moyens naturels. Courant très moderne, porté par la naturopathie, l'ostéopathie, l'homéopathie, les magasins de produits diététiques, etc. qui préconise une bonne respiration (pureté de l’air), une alimentation dépourvue d’engrais, pesticides et autres produits de la chimie (alimentation « bio »), des exercices physiques, yoga, relaxation, méditation, etc. chacun de ces sujets prenant une coloration particulière suivant les écoles qui se partagent la mouvance, mais tous, absolument tous, se retrouvant d’accord sur ce point : la santé commence par la propreté intérieure physique, morale, et spirituelle. Et, d’un point de vue physiologique, par la propreté et la qualité du sang (déterminée elle-même par tous ces facteurs), milieu biologique sacré de toutes les cellules de chaque personne, et par conséquent de tous ses organes.

  Le courant hygiéniste est constant, et constamment anti-pastorien. Il est plus que jamais vivant dans le mouvement écologiste, pris généralement et hors de son contexte politique, dont la biologie, ni de droite ni de gauche, n’a rien à faire. Après Khüne et Kneipp en Allemagne au XIXème siècle, après les docteurs Carton et Alexis Carrel en France, on rencontre dans les années 1950 Henri-Charles Geoffroy, fondateur de la végétarienne « Vie Claire » (dans sa forme originelle, créative, idéaliste et « antétapienne »). Vient ensuite, d’origine japonaise et bouddhiste zen, le mouvement macrobiotique, bien développé de nos jours aux U.S.A., et qui fit en 1970 une percée avortée dans nos pays, frappée qu’elle fut par le très sectaire mouvement anti-sectes. Parlons aussi de l’homéopathie en médecine, d’une percée de l’acupuncture, des médecines tibétaines, ayurvédiques et autres, rattachées à un renouveau spirituel non confessionnel et à un esprit « New Age », qui fait bonne part aux techniques manuelles ou de relaxation : massages, shiatsu, tchi-kong et autres, toutes dans le collimateur de la médecine officielle pour tuer ces hérésies dans l’œuf ou les récupérer. C’est tout un « panel » composant cette « médecine parallèle », entendez : alternative à la médecine chimico-pastorienne.

J. Tissot


  Tissot est un professeur de physiologie au Muséum d’Histoire Naturelle dans la première moitié du XXème siècle. En 1926, il fait paraître un important ouvrage de près de 700 pages, compte-rendu de longues recherches, qu’il intitule : Constitution des organismes animaux et végétaux. Causes des maladies qui les atteignent. En 1936, puis en 1946, toujours sous le même titre, il publie deux autres ouvrages qui étayent et confirment le premier.

  Quoique ses recherches aient été menées au départ avec l’aide de l’Institut Pasteur, l’équipe de l’Institut et tout le monde pastorien vont se hérisser dès qu’ils verront attaqués par Tissot les sacro-saints dogmes de leur maître.

  Il n’est évidemment pas question de résumer en quelques lignes le contenu des trois ouvrages de Tissot. En voici toutefois les conclusions maîtresses :

- Les organismes animaux et végétaux sont constitués de mycéliums qui peuvent, comme toute moisissure, se transformer en éléments bactériens ; cette transformation se réalise facilement. Exemple : il suffit de geler une pomme de terre pour que sa structure passe à l’état bactérien. Tissot bouscule là le dogme de l’asepsie des êtres vivants . Il est donc persuadé de la formation des bactéries à même des tissus (à partir de la dédifférenciation des cellules), et se place ainsi à côté de Béchamp et de Claude Bernard.

- La phagocytose  n’est pas un phénomène de défense de l’organisme ; c’est un processus normal de développement de toute moisissure : agglomération d’éléments bactériens en masses germinatives. Il se place là à côté de Béchamp qui contestait l’interprétation, devenue classique, du pastorien Metchnikoff qui découvrit le phénomène.

- La disparition des bactéries des humeurs d’un organisme infecté ne signifie pas la guérison de la maladie ; celle-ci est passée de la phase aiguë, bactérienne, à la phase chronique, germinative.

  Cette découverte de Tissot fait de lui un ardent adversaire de la vaccination, à laquelle il reproche de n’affaiblir que la phase aiguë de la maladie mais de laisser se développer la phase chronique.

- Deux éléments essentiels existent dans les cellules : un organite en forme d’haltère, de forme allongée, de longueur 1 à 6 µ, avec une boule à chaque extrémité ; et un bacterium coli, qui n’est autre que le microzyme de Béchamp.

- Les microbes pathogènes, nous l’avons vu, proviennent d’organismes vivants plus évolués, animaux ou végétaux, qui en sont la source originelle. Il y a trois sources possibles de la maladie microbienne :
   ~ une source hétérogène : la plupart du temps les microbes pathogènes proviennent de la dédifférenciation de cellules végétales.
   ~ une source autogène, due à la dégénérescence des organites haltères : c’est le cas pour l’origine du cancer et de la tuberculose.
   ~ une seconde source autogène, caractérisée par l’évolution anormale du bacterium coli.

- Les microbes ne sont pas des êtres fixes. Les bactéries évoluent et leur forme est changeante, ce qui est en opposition au dogme pastorien du monomorphisme bactérien.

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  Tout ce long travail de Tissot, même s’il avait été admis ou même partiellement accepté par la communauté scientifique et médicale des années 1930-1940, était capable de provoquer l’écroulement des thèses pastoriennes. Aussi, le professeur Émile Roux, premier successeur de Pasteur à l’Institut du même nom, a jugé qu’on devait à tout prix en étouffer la publicité. En 1936, dans le second volume de ses travaux, Tissot établit la nature spontanée (autogène) de l’apparition de la tuberculose pulmonaire, par dégénérescence des organites haltères des cellules des malades. Lors d’une conférence qu’il donne au Museum d’Histoire Naturelle sur le sujet, des membres de l’école pastorienne viennent l’insulter grossièrement. Après cet incident, un mot d’ordre est passé, et journaux médicaux, sociétés savantes, Caisse de Recherche et subventions se ferment au savant. Il s’explique : « Le lecteur se demandera certainement : quel était le mobile qui poussait le professeur Roux, directeur de l’Institut Pasteur, à agir ainsi ?
  « Ce mobile, le voici :
  « C’était la défense des dogmes pastoriens qu’on sait pertinemment faux, même dans cet Institut... Il fallait essayer de défendre ces dogmes parce que le livre que je venais de publier les détruit en établissant : que les êtres vivants, animaux et végétaux, sont de nature bactérienne ; que les microbes des maladies infectieuses hétérogènes ont leur source originelle dans l’organisme des êtres vivants et surtout dans les végétaux qui, pour la plupart, sont des aliments de l’homme ; enfin, que de nombreuses maladies bactériennes ont un développement autogène...

« Le progrès de la science, l’intérêt général, l’intérêt des malades, balançoires que tout cela ; une seule chose compte, l’intérêt matériel d’un Institut et, pour soutenir cet intérêt, il faut à tout prix maintenir les faux dogmes pastoriens, c’est-à-dire l’erreur, et combattre la vérité...
  « C’est exclusivement une question d’intérêt matériel.
  « J’ai vainement, par des démarches et des visites, notamment au directeur de l’Institut Pasteur, essayé d’obtenir une explication, un éclaircissement, voire même une critique. Je n’ai trouvé devant moi que des gens qui fuyaient toute discussion.
  « Mais j’avais mieux à faire qu’à perdre mon temps à batailler avec de tels adversaires. »

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  Le troisième livre de Tissot donne une synthèse de ses travaux : il s’efforce de relier les formes microbiennes qu’il a trouvées à celles qui ont été décrites avant lui, et que les savants ont appelées mitochondries, microzymes, coccis ou autres : il y démonte un par un, pour les démolir, les dogmes de la bactériologie pastorienne ; enfin, il s’attaque aux vaccinations et aux lois qui en établissent l’obligation, il juge ces lois inutiles, illusoires, dangereuses et en opposition avec la liberté individuelle. « Il ne faut pas, dit-il, sous aucun prétexte, se laisser inoculer un virus vivant, même atténué, ni un sérum, ni aucun produit provenant d’êtres vivants. »

  Il est à l’origine de la Ligue nationale contre les vaccinations obligatoires, devenue Ligue pour la liberté des vaccinations.


Wilhelm Reich

  « On peut considérer comme un bienfait immense et inestimable le fait d’accéder à une compréhension plus profonde et plus complète de l’homme religieux quand on sait qu’il y a une énergie cosmique omniprésente et traversant toutes choses (l’« éther » de Newton, le « Dieu » de tous les temps et de tous les peuples) qu’on peut déceler et mesurer à l’aide de ses sensations d’organes, de ses yeux, de l’électroscope, du compteur Geiger-Müller.

Wilhelm REICH
La Biopathie du Cancer
Introduction

  Biologiste, psychanalyste, sexologue, chercheur curieux et passionné de tout, intellectuel atypique considéré par certains comme un génie, traité par d’autres de fou, Reich est l’enfant chéri des révolutionnaires d’extrême gauche et des libérés sexuels de 1968. En même temps qu’il renoue avec l’énergie vitale, rebaptisée suivant ses conceptions énergie d’orgone, vieille notion que l’on croyait enterrée après Bichat.

  Résumer son œuvre est une entreprise immense, et raconter sa vie est écrire un film d’aventures. Inutile donc, d’autant que ses activités l’ont poussé dans bien des domaines étrangers à notre intérêt. Nous en resterons à sa recherche sur l’origine de la vie, qui est devenue, entre les mains de Reich, un sujet d’étonnement et d’émerveillement. A peine croyable ; et qui, pour revenir à notre sujet, l’amène à des attaques en règle et reste sans appel contre les conceptions pastoriennes.

  Reich postule  qu’il existe « une énergie biologique spécifique » différente des autres énergies, mais qui, comme toute autre, possède la faculté de se transformer en énergie calorique, électrique, mécanique, etc. Cette énergie explique d’une manière simple la fonction pulsatoire fondamentale de la matière vivante, à savoir contraction et expansion telles qu’elles s’expriment dans les mouvements du cœur, la respiration, l’orgasme, etc.

  Reich ne va pas tarder à découvrir cette forme d’énergie en action, en travaillant, en quelque sorte à cheval sur la frontière entre matière vivante et matière inanimée. Et il réalise littéralement ce qu’au XIXème siècle on appelait « expérience de génération spontanée », et qu’on nomme modernement « biogenèse ».

  Voyons son expérience fondamentale :

  Il examine au microscope, sous grossissement de 300X, de la poussière de charbon, sèche. En lumière ordinaire, il ne voit que des particules noires, irrégulières, immobiles. En utilisant la technique du fond noir, il observe sur ces grains une structure striée, avec des vésicules.

  Si la poussière de charbon est plongée dans de l’eau ordinaire non stérilisée , il ne se passe rien de plus, même si le contact avec l’eau dure plusieurs mois.

  Il change alors de mode opératoire : l’eau est remplacée par un liquide composé pour moitié d’un bouillon de culture, pour l’autre moitié d’une solution de chlorure de potassium à 0.1 mole/litre. Il stérilise ce liquide à 120°C et les instruments à 180°C, et y jette une pincée de charbon porté à l’incandescence. Les particules restent en suspension et forment un liquide colloïdal, puis, au bout de 3 à 6 jours, la solution redevient limpide. Examinée au microscope à grossissement 2000 à 3000, des particules animées, à membrane épaisse, se transforment sous ses yeux : peu à peu la membrane s’amincit, et les particules se gonflent, s’animent davantage, formant des globules dont l’intérieur émet une lueur bleue à bleue verdâtre. Leur mouvement devient ondulatoire, avec contraction et détente, si bien qu’on ne peut douter du caractère vivant de ces mouvements. Enfin, les globules peuvent se déplacer et avoir des mouvements internes, présentent des modifications de couleur, et enfin acceptent, à la différence de la matière dont ils sont issus, des colorants biologiques.

  Il appelle ces globules animés « bions ».

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  Des bions, il va en « fabriquer » à partir d’aliments cuits, de jaune d’œuf, de yaourt, roquefort, etc. Heureusement, écrit-il plus tard, il n’y avait pas dans son laboratoire, pour le retenir, un état-major de biochimistes.

  A partir d’autres expériences, et souvent en quelques minutes, il fait se développer des protozoaires. Et il voit se développer ces protozoaires sur les mousses, sur les herbes en infusion dans l’eau, bien conscient que les partisans des germes de l’air ne manqueront pas de parler de « contamination atmosphérique ». Afin de ne pas donner flanc à ce type d’argument, il se rend à l’Institut de Botanique d’Oslo ~ où il habite à l’époque ~ et demande à un savant botaniste comment on peut obtenir des amibes. Il répond :
- Il suffit de préparer une infusion d’herbe.
- Et comment les amibes arrivent-elles dans l’infusion ? demande Reich.
  Le botaniste répond :
- Évidemment, de l’air.
- Et dans l’air, comment y sont-elles venues ?
- Cela, on ne le sait pas !

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  Reich n’ignore pas  que Pouchet a fait passer des centaines de mètres cubes d’air sur une mince lame d’eau, qu’il a examiné les poussières qui s’y étaient déposées, et qu’il n’y a jamais trouvé les germes spécifiques des microbes pathogènes observés dans les laboratoires. Ces expériences, en son temps, Pouchet les a répétées sur les glaciers des Pyrénées, dans les catacombes de Thèbes, à la campagne, sur la mer en Égypte, et sur la flèche de la cathédrale de Rouen : c’est très rarement qu’il rencontra la spore d’une moisissure ou le cadavre d’un infusoire. Cela n’empêche pas Reich de se livrer à des contre-vérifications : pendant des années, il a tenté, en vain, de tirer des protozoaires de l’air. Et il conclut : ces « germes atmosphériques » disséminés dans l’air n’existent que dans l’esprit des biologistes mécanistes.

  En janvier 1939, une assistante de Reich, voulant refaire devant un visiteur du laboratoire l’expérience de biogenèse par incandescence, se trompe de boîte et chauffe du sable de mer au lieu d’humus. Heureux hasard : il y a aussi production de bions, d’un type particulier, aux propriétés curieuses. Les vésicules, ici, se présentent en paquets semblables aux sarcines  que l’on trouve parfois dans l’eau. Il donne à ces bions le nom de SAPA .
  Il s’assure de l’expérience en la reproduisant plusieurs fois.

  L’effet que les bions SAPA exercent sur les bactéries et les protozoaires est étonnant : « Portés dans le voisinage de cellules cancéreuses, raconte Reich, ils se signalaient par un effet létal ou paralysant déjà à une distance de 10 µ. A la même distance, des cellules cancéreuses amiboïdes s’immobilisaient sur place ; elles tournaient en rond, désemparées, pour se figer un peu plus tard. »

  Ce processus a pu être filmé.

  Il constate ensuite plusieurs phénomènes étranges. Que nous résumons : ceux qui manipulent ces préparations ressentent des démangeaisons aux yeux, des picotements et une dépigmentation des mains ; les pièces dans lesquelles se font les expériences contiennent un air irrespirable ; les instruments en acier s’aimantent ; les plaques photographiques se voilent, même protégées par des plaques de plomb. Des essais complémentaires montrent que l’on a affaire ni à des rayons X, ni à des rayonnements radioactifs.

  Il transporte ses cultures dans une cave où règne une obscurité complète. L’atmosphère devient lugubre ; lorsque les yeux sont enfin habitués à l’obscurité, la pièce ne paraît pas noire, mais remplie d’une lueur bleuâtre, laquelle persiste si l’on ferme les yeux.

  Reich accumule les observations étranges. Après quelques heures dans cette pièce, il voit luire la paume de sa main, la manche de sa chemise et, dans un miroir, ses cheveux. Une lueur bleue, faiblement mouvante, entoure son corps et les objets de la pièce. Il prend peur ; il demande à plusieurs personnes, collègues et profanes de confirmer son observation. Un commerçant remarque : « J’ai l’impression d’avoir regardé le soleil. » Même s’il trouve cette idée à première vue absurde, cette réflexion l’amène à penser que les bions SAPA, formés à partir de sable de mer longuement exposé au soleil, ayant « figé » l’énergie solaire, pouvaient libérer celle-ci lors de l’échauffement et de la dilatation du sable .

  Il est désemparé. Cette énergie ne se comporte pas comme une énergie électromagnétique et n’est pas davantage un rayonnement radioactif. Il n’a aucun moyen de la mesurer. Les pathologistes et les physiciens d’Oslo lancent contre lui des campagnes de dénigrement dans la presse.

  La suite des aventures de Reich composerait un roman. Cette énergie vitale omniprésente, il l’appelle « énergie d’orgone » ; elle va l’emmener dans les prisons américaines, vers une mort bien mystérieuse.

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  Il y a un monde entre Pasteur et Reich, et par la nature de leurs travaux, et par l’esprit même des deux hommes, si totalement différent.

  Reich dénonce l’absurdité de la théorie des germes aériens. Il souligne, comme Pouchet, qu’aucune des formes qui apparaissent au cours de ses expériences n’existent dans les cultures faites à partir de prélèvements d’air. De plus, les formes expérimentées apparaissent aussitôt, alors qu’un incubateur met plusieurs heures à développer une infection aérienne. Pour que la théorie des germes puisse se trouver avérée, il faudrait retrouver dans l’air les germes de chacun des organismes unicellulaires, et de chacun des microbes connus. Ce qui n’est pas le cas.

   Et Reich pose la question : a-t-on jamais cultivé des vibrions cholériques, des bacilles de Yersin, des tréponèmes syphilitiques à partir de germes aériens ? En réalité, tous ces micro-organismes ont été cultivés à partir de tissus animaux, et des théories ad hoc ont été échafaudées pour expliquer leur provenance. Tant qu’il existe des types de microbes... qui n’ont pas été cultivés à partir de l’air, le recours à d’hypothétiques "germes aériens" n’a pas la moindre valeur scientifique. »

  Il confirme Béchamp et Tissot, à savoir qu’il ne peut y avoir dans l’air, à part les poussières inorganiques, que des substances venant de la décomposition d’organismes vivants. Il rejette par conséquent les travaux et raisonnements de Pasteur comme relevant d’une « assurance émotionnelle contre des faits concrets », « thèses dogmatiques d’inspiration théologique (sic !), qui s’expriment dans des affirmations telles que Omne vivum ex vivo et Omnis cellula ex cellula. »

  « La théorie des germes aériens n’est pas seulement réfutée par l’expérience ; elle est incapable d’expliquer les phénomènes essentiels de la biologie et de la pathologie. Elle est aujourd’hui un dogme qui, comme tous les dogmes, dispense l’homme de toute recherche et de tout effort intellectuel. »